Notre choix du « made in Portugal »

Il y a maintenant trois ans, nous créions Pétrone en nous fixant une mission : vous proposer des sous-vêtements pour hommes d’excellente qualité, produits de manière responsable, à un prix accessible. 

Produire en Europe était un choix indiscutable pour nous dès le début, dans notre souci de concilier démarche responsable, proximité et qualité. Mais alors, où faire fabriquer nos produits ? Après quelques mois de recherches et de rencontres, un pays s’est imposé à nous : le Portugal.

L’occasion dans cet article de revenir sur notre choix du “made in Portugal”, ou feito em Portugal pour les bilingues. Mais avant cela, reposons quelques éléments de contexte sur la confection textile dans le monde.

L’industrie textile : de l’Europe, aux pays ateliers d’Asie...à l’Europe

Commençons par un retour au XVIIIè siècle. Berceau de la révolution industrielle, l’industrie textile s’implante solidement en Europe : Royaume-Uni en tête, France, et progressivement les pays méditerranéens. Nous vous en parlions déjà dans notre article sur l’explosion de l’industrie de la chaussette et du mi-bas pour hommes.

Industrie textile calais france

Un aperçu d’une filature textile à Calais en 1910. Crédit : Collection Kharbine-Tapabor.

Au Portugal, les premières usines textiles ouvrent en 1845, marquant les débuts de leur savoir-faire en matière de maille et de travail du cuir, deux de leurs spécialités. 

Les manufactures s’implantent partout au Portugal, et particulièrement dans la région du Nord, au-dessus de Porto. Les usines, souvent familiales, fleurissent jusqu’au XXè siècle.

La fast fashion prend pied dans les “pays ateliers” de l’Asie du sud-est

Mais au tournant des années 2000, sous l’influence des géants de la fast fashion qui cherchent à faire baisser les coûts, l’industrie textile se délocalise en Asie, proposant une main d’œuvre efficace à un coût très attractif. 

Oui mais voilà, si un vêtement peut être vendu pour quelques euros à peine, c’est qu’il y a un hic dans l’équation. Et les grands perdants de cette nouvelle donne sont les travailleurs de l’industrie textile. 

En Chine d’abord, puis dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est devenus rapidement les ateliers du monde, les salaires sont ridiculement bas, les conditions de travail et de sécurité déplorables et le travail infantile légion.

Bengladesh travail enfant

Selon le rapport de l’institut ODI (Overseas Development Institute), 15 % des enfants entre 6 et 14 ans de Dhaka, la capitale du Bangladesh, ne vont pas à l’école et travaillent à temps plein pour assurer un revenu supplémentaire à leur famille. Crédit : Jules Toulet.

Au Bangladesh, les employés du secteur textile travaillent plus de 60 heures par semaine (Source : rapport ODI), mais leur travail ne leur suffit pas pour autant à subvenir à leurs besoins : après une récente augmentation, le salaire mensuel y est à 95 $ pour les ouvriers du textile, alors qu’il en faudrait plutôt 367 chaque mois pour vivre décemment.

Une industrie destructrice des hommes et de la planète

Cette course à l’économie va grand train jusqu’à la catastrophe du Rana Plaza en avril 2013, qui met en lumière les conditions de travail et de sécurité exécrables des travailleurs. Un immeuble de Dhaka s’effondre, faisant plus de 1000 morts et 2000 blessés. Les entreprises clientes du Rana Plaza, parmi lesquelles Inditex (Zara), H&M ou encore Mango, sont alors pointées du doigt pour leur laxisme à l’égard des conditions de travail de leurs fournisseurs. Mais le chemin reste long pour assainir l’industrie textile et améliorer les conditions des travailleurs.

rana plaza

C’est aujourd’hui la situation de travail forcé des Ouïghours qui préoccupe l’opinion publique. Cette minorité musulmane est parquée dans des camps de travail de la province du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, et exploitée pour ramasser le coton et fabriquer des vêtements à la chaîne. Quatre multinationales, dont le groupe SMCP et Uniqlo, font l’objet en avril 2021 d’une plainte d’un collectif d’ONG pour recel de travail forcé et crimes contre l’humanité, bien que Pékin nie toujours en bloc sur ce sujet.

Côté impact environnemental, le tableau est aussi alarmant. La mode est évaluée comme une des industries les plus polluantes, figurant parmi les sources les plus importantes d’émissions de gaz à effet de serre. Plus du tiers des microplastiques rejetés dans les océans viendrait du lavage de textiles fabriqués à base de pétrole comme le polyester.

Un rapport de Greenpeace a révélé la présence, entre autres, d’éthoxylates de nonylphénol et de phtalates dans les vêtements de 20 grandes marques du prêt-à-porter. Toutes ces substances sont des produits toxiques et des perturbateurs endocriniens, qui contribuent à l’apparition de malformations, de cancers et de morts prématurées parmi les travailleurs textiles, et empoisonnent les eaux et les terres agricoles.

Mais les tendances de consommation évoluent et à l’instar de l’alimentation, la mode fait aujourd’hui l’objet d’une prise de conscience collective.

Les consommateurs deviennent plus exigeants sur la qualité des produits et la transparence des chaînes de production. 

Les marques se doivent désormais d’être exemplaires et il devient essentiel de produire plus près des clients finaux, dans des conditions environnementales et sociales strictement encadrées.

Le savoir-faire textile portugais, un gage de qualité

À la fin des années 2000, sous l’impulsion de jeunes marques de mode soucieuses de produire de manière plus responsable, l’Europe revient dans la course mondiale du textile. Le Portugal et l’Italie se distinguent pour leur excellente réputation en matière de confection ; les deux pays offrant un très grand savoir-faire textile et la garantie de meilleures conditions de travail grâce au cadre réglementaire européen.

L’industrie textile renaît au Portugal, représentant désormais 3% du PIB national et 10% de ses exportations. Comme beaucoup de jeunes marques de mode françaises, construites sur un modèle direct to customer (alias les DNVB), nous avons fait le choix de faire produire nos collections au Portugal.

Porto

On débarque à Porto en juillet 2018, pour partir à la recherche de nos fournisseurs.

Depuis nos débuts (à l’exception de deux modèles de chaussettes en 2019) l’ensemble de nos produits sont fabriqués dans des usines spécialistes des sous-vêtements ou chaussettes, dans la région entre Braga et Guimarães, au nord de Porto.

Nous avions d’ailleurs écrit durant les premiers mois de notre lancement un article au sujet du “made in Portugal”. Et vu le nombre de porteurs de projet qui nous contactent au sujet de cet article, on suppose que le Portugal suscite un intérêt grandissant en matière de textile. 

Nous vous invitons à lire à ce sujet le dossier spécial du magazine Capital, qui étudie la renaissance du made in Portugal. Et au vu de leur classement, comparant 3 boxers (Pétrone, Le Slip Français et Kiabi) on se dit qu’on a bien fait de choisir le Portugal !

capital made in portugal

Un dossier à retrouver dans le Capital de juillet 2021 – dossier signé Benoît Berthelot.

Et pourquoi pas la France ?

Le “made in France” a très bonne presse, notamment quand on pense à une fameuse marque de sous-vêtements qui a mis fortement en avant son caractère français. 

Désireux de soutenir le tissu économique local, les consommateurs sont sensibles aux histoires des usines françaises, petits Poucets qui résistent vents et marées contre la mondialisation de leur secteur. 

Oui mais voilà : si elle brillait par son savoir-faire en la matière au début du XXè siècle, la France n’est aujourd’hui plus un pays textile, et le “made in France” n’est pas forcément un gage de qualité supérieure pour les vêtements. 

Deux aspects en particulier nous ont détournés de la production en France : 

Le rapport qualité/prix est globalement moins bon. 

Le coût du travail est très élevé en France : 35,8 € de l’heure en moyenne vs 14,2 € au Portugal. Cela veut signifie qu’à qualité égale, un produit fabriqué en France sera toujours plus cher – environ 3 fois le prix d’une production portugaise.

Ce coût de fabrication a forcément un impact énorme sur le prix de vente final. Ce calcul a vite rendu la France incompatible avec notre envie de proposer un produit de qualité à un prix raisonnable. Autrement, pour rester dans des prix corrects, nous aurions été obligés de rogner sur la qualité des matières ou des finitions. Ce qui n’était pas envisageable non plus. 

 

L’équipe Pétrone quand on a compris que le made in France allait vraiment trop chiffrer.

L’outil de production est également plus morcelé. 

Le récit d’un produit fabriqué en France ressemble souvent un peu à un puzzle, éparpillé aux quatre coins de l’hexagone. Il est important de rappeler qu’il n’existe plus de filature en France – l’étape qui permet de transformer la matière première naturelle en fibre textile. Cette absence oblige les marques qui optent pour une production française à rajouter un intermédiaire dans leur chaîne de production – au mieux au Portugal ou en Italie, sinon en Chine – et donc des coûts et des kilomètres.

Gare au marketing sauvage sur le “Made in France”

Pour pouvoir se dire “made in France”, la loi exigeait qu’au moins 40% du coût de revient soit dépensé en France. Ce qui signifie qu’un T-shirt fabriqué au Bangladesh qui coûte 1€, auquel on ajoute une étiquette cousue en France pour 1€ également, aurait le droit d’être vendu comme un produit “made in France”. Mais l’est-il vraiment ? 

Gage aux marques de communiquer de manière responsable sur leur chaîne de production, et de ne pas agiter le drapeau nationaliste du “made in France” à tort et à travers pour duper ses clients et vendre plus chers ses produits. On vous renvoie au scandale des masques vendus estampillés “made in France” qui étaient en fait…chinois.

Rappelons aussi que le coton ne pousse pas en France, et que les filatures n’existent plus en France. Donc un vêtement 100% fabriqué en France, ce n’est tout simplement pas possible. Le lancement du label “Origine France Garantie” tend à surveiller plus étroitement les fabricants, avec des audits indépendants certifiant l’origine française des produits. Mais ouvrez l’oeil quand vous croiserez un prochain exemple de “French-washing”…

marketing français

Et on n’est pas obligé d’en faire des caisses sur le marketing franchouillard.

En résumé, la France a encore de belles lettres de noblesse pour l’artisanat haut de gamme ou la maroquinerie. Mais pour ce qui de la maille (= les matières tissées), force est de constater que d’autres pays comme le Portugal ou l’Italie ont aujourd’hui un meilleur savoir-faire, qui a su perdurer dans le temps et se transmettre, à la différence de la France où cette expertise s’est peu à peu perdu.

Aller trouver le meilleur savoir-faire, là où il est

Notre but avec Pétrone était de proposer aux hommes un produit de meilleure qualité que les autres sous-vêtements du marché, avec une douceur, une durabilité et un confort radicalement supérieurs à ce à quoi nous avions tous été habitués jusque-là. 

Et pour y parvenir, il nous semblait plus logique d’aller chercher les savoir-faire là où ils sont les meilleurs, plutôt que de faire parler notre fibre chauvine et de nous obstiner à tout faire produire en France, où le résultat final aurait été moins bon. 

Nous trouvons ces savoir-faire à plusieurs coins de l’Europe :

  • La confection portugaise : un savoir-faire ancien et des couturiers expérimentés qui font du Portugal un des pays spécialistes de la maille. On revient sur ce point juste après.
  • Du micromodal autrichien : le micromodal est une matière produite à partir de bois de hêtre, inventée par une entreprise autrichienne, Lenzing. Doux, anti-bactérien, résistant, absorbant mieux les couleurs que le coton, le micromodal est une matière particulièrement adaptée aux sous-vêtements. Bien que le modal soit aujourd’hui tombé dans le domaine public, celui de Lenzing reste aujourd’hui le meilleur du marché – en plus d’être le fruit d’une chaîne de production remarquable pour son impact environnemental maîtrisé.
  • Du fil italien : aujourd’hui les meilleurs en la matière. Pour nos chaussettes, nous nous approvisionnons chez Filmar, un filateur haut de gamme, qui produit un fil d’Ecosse d’excellente qualité. 

Les 5 points qui ont motivé notre choix du made in Portugal

Parmi toutes les raisons qui nous ont poussés à choisir le Portugal, nous avons choisi de vous parler de 5 points en particulier (on ne compte pas le soleil quasi toute l’année et les pasteis de nata). Évidemment, ces critères ne sont pas exclusifs à ce pays : nous ne sommes pas allés creuser du côté de la Bulgarie ou de la Roumanie qui sont deux autres nations montantes en matière de confection. Mais ce sont en tout cas 5 points essentiels qui ont conforté notre choix du “made in Portugal”.

Le cadre réglementaire européen

Tout d’abord, produire au Portugal, c’est s’assurer de travailler dans le cadre de l’Union Européenne. 

Les conditions de travail et de sécurité sont encadrées, et les usines très régulièrement auditées. Elles doivent également renouveler chaque année leur certificats OEKO-TEX Standard 100 – label international indépendant qui certifie l’absence de produit nocif à chaque étape de la production.

Bref, c’est l’Europe, et en Europe, on ne peut pas faire n’importe quoi, au risque de se voir fermer très rapidement son usine (ou de s’exposer à de très lourdes amendes).

Une confection de qualité

On l’a vu, l’industrie textile portugaise a des origines anciennes. 

Nous travaillons étroitement avec une usine dans la région de Braga, qui produit tous nos sous-vêtements et nos hauts. Cette usine a été fondée au milieu des années 80, soit déjà plus de 35 ans de savoir-faire. Leurs couturiers sont expérimentés et – point important – ont choisi de faire ce métier par goût, ce qui n’est pas toujours le cas dans les pays d’Asie du Sud-est, où les conditions salariales s’apparentent parfois plus à du travail forcé. 

Un travail sur-mesure

Un autre argument nous a plu au Portugal : la création et production de toiles de sous-vêtements sur mesure. Bien souvent, particulièrement quand on est une petite marque inconnue au bataillon, les usines proposent de choisir des toiles sur catalogue. 

A l’inverse, notre usine portugaise nous a donné la possibilité de choisir au gramme près les matières et les couleurs. C’est cette liberté qui nous permet de créer notre toile “maison”, mélangeant coton pima compacté, micromodal et élasthanne. Une toile douce, souple et légèrement élastique que nous utilisons pour la majorité de nos boxers et de nos hauts, nos slips et nos caleçons.

Comme un effet “seconde peau”.

Une chaîne de production textile intégrée

L’intégralité de la chaîne de production de nos sous-vêtements est concentrée dans une zone de 30km. Filature, fabrication de la toile, teinture, confection : tout est réalisé dans le même coin, près de Braga, nous permettant de gagner du temps et d’économiser des kilomètres. 

Et en parlant de distance, notre usine principale est située à 1000 kilomètres tout pile de notre point de stockage, à Auch dans le Gers. Soit des distances très faibles – là où dans la mode traditionnelle, les tissus et les vêtements parcourent des dizaine de milliers de kilomètres avant de terminer dans les placards de leurs nouveaux propriétaires.

Des finitions haut de gamme

En plus des matières premières utilisées, on évalue souvent la qualité d’un vêtement à ses finitions. Les usines portugaises sont souvent en mesure de proposer des finitions haut de gamme, là où d’autres pays ne peuvent pas proposer le même niveau de qualité.

Pour nos chaussettes par exemple, nous pouvons les faire remailler à la main : une technique qui permet de relier le corps de la chaussette et la pointe avec une couture extra-plate, au lieu d’un boudin de fil. 

À gauche, une chaussette lambda, remaillée par une machine ; à droite, une chaussette Pétrone, avec cette fameuse couture plate, insensible au toucher. Quiconque a vécu une fin de journée difficile dans des chaussures en cuir trop petites, comprendra la différence.

Cette technique textile est coûteuse et de plus en plus rare, car elle doit être réalisée à la main, et ce savoir-faire se perd progressivement, à mesure que les usines la suppriment pour économiser quelques centimes par paire.

C’est un savoir-faire que l’on trouve encore fréquemment au Portugal ; alors qu’à notre connaissance, il n’existe plus qu’une seule usine en France qui pratique le remaillage à la main, et uniquement pour les chaussettes épaisses.

Autre exemple, nous utilisons pour notre boxer Héritage des coutures enrobées, dites « overlock ». Les coutures sont recouvertes avec du fil pour un plus beau rendu, et un meilleur confort. En France, nous aurions probablement été obligés de choisir des coutures dites “zig-zag”, plus basiques.

En résumé, en combinant savoir-faire et démarche responsable, le Portugal est aujourd’hui un pays qui nous permet d’obtenir une production de qualité supérieure, avec un excellent rapport qualité / prix / éthique.

L’avenir nous dira si nous nous tournerons vers d’autres pays dans le futur pour de nouveaux projets, mais en attendant c’est là-bas que nous avons trouvé notre bonheur. 

Et en plus, c’est un chouette coin pour passer des vacances.

Até logo!

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